La justice peut-elle être thérapeutique?

Les nuits de la justice est une série de conférences organisées par le Centre de recherche en droit public (CRDP) et le cégep du Vieux Montréal. 

Il s’agit, au travers de ces rencontres, de favoriser l’interaction entre les chercheur.e.s du CRDP, les professeur.e.s du cégep et les étudiant-e-s des deux institutions. 

La prochaine rencontre de cette série portera sur le thème « La justice peut-elle être thérapeutique? »

Cette thématique soulève les difficultés de coexistence entre la justice et les personnes aux prises avec une problématique de santé mentale. A priori, les deux notions sont étroitement imbriquées car la justice intervient pour protéger les personnes lorsque celle-ci sont susceptibles de se mettre en danger ou de placer autrui dans une situation de danger. 

Mais au-delà de cette affirmation, les rapports sont parfois tendus lorsqu’il s’agit pour les instances judiciaires d’imposer des soins à la personne. L’imposition des soins se réalise également par l’intermédiaire d’intervenants médico-sociaux, qui sont partagés entre la mise en œuvre des mesures coercitives et la nécessité de soigner. 

Au cours de cette soirée, il s’agira de réfléchir tant sur les moyens régulatoires, institutionnels ou pratiques qui tendent à assouplir et à améliorer le rapport entre la justice et les personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale.

Conférencier(e)s

Emmanuelle Bernheim

Professeure, Section de droit civil, Faculté de droit, Université Ottawa

Chaire de recherche du Canada en santé mentale et accès à la justice

La justice thérapeutique ou « plus ça change, plus c’est pareil »

Depuis les années 1990, l’internement et les soins forcés en santé mentale sont des enjeux de droits tranchés par un tribunal à l’issue d’un procès. Or la recherche démontre que : 1- les personnes concernées sont le plus souvent socio économiquement défavorisées, 2- le déséquilibre des forces les empêche de présenter une défense, et 3- leur ‘meilleur intérêt’ a bien souvent préséance sur leurs droits. Ces constats nous mènent à mettre en question le rôle de la justice en santé mentale, entre, d’une part, la protection des droits et, d’autre part, le contrôle social de groupes sociaux marginalisés ou qui dérangent.

Guillaume Ouellet 

Chercheur CREMIS, professeur associé à l’École de travail social, UQAM

Une police « thérapeutique » pour régler les problèmes sociaux?

Au cours des trois dernières décennies, les services de police des grandes villes nord-américaines ont développé des initiatives visant à mieux répondre aux besoins des personnes perçues comme étant vulnérables. Dans cette présentation, en nous appuyant sur la parution récente de l’article : « VU » pour vulnérable : la police à l’assaut des problèmes sociaux » (Ouellet, Bernheim, Morin, 2021), nous proposons de mettre en lumière la manière dont le service policier montréalais participe activement au virage thérapeutique de l’État, en ciblant et en intervenant de façon intensive auprès d’individus catégorisés comme étant « vulnérables ». En conclusion, nous nous interrogerons sur la portée thérapeutique de ses interventions pour les personnes concernées.

Pierre Pariseau-Legault

Professeur, Département des sciences infirmières, Université du Québec en Outaouais, chercheur au CREMIS et au Centre de recherche et de partage des avoirs InterActions

Soigner, traiter, contraindre : la justice thérapeutique, sa mise en œuvre et ses présupposés

Comment assurer le caractère thérapeutique de la justice en santé mentale si nous tenons compte de l’utilisation courante de la coercition comme stratégie d’intervention? Alors que des approches centrées sur les droits humains sont proposées pour mettre fin à cette situation, une logique implacable d’exceptionnalisme expose les limites du droit sur le traitement réservé aux personnes aux prise avec un problème de santé mentale. Cette présentation tentera de répondre à la thématique de la soirée en discutant des enjeux d’individualisation des problèmes sociaux, notammant des problèmes d’accès en temps opportun aux services de santé mentale.

Emmanuelle Marceau

Enseignante en philosphie et co-chercheure au CRDP, Cégep du Vieux Montréal, organisatrice du cycle de conférences « Les nuits de la justice »

L’éthique appliquée : pour dépasser les limites du droit et redonner sens à l’agir

Les insuffisances du droit nous poussent à questionner notre rapport au droit et à la norme, ainsi qu’à la perte de sens qu’elles peuvent engendrer. L’approche de l’éthique appliquée, fondée sur le courant du pragmatisme philosophique, nous permet de mieux resituer la norme en contexte et mener une délibération éthique fondée sur divers repères (les valeurs). Cette perspective permet de prendre des décisions plus « humaines » et sensibles au contexte spécifique vécue par les personnes aux prise avec un problème de santé mentale, et mieux soutenir les intervenants, dans une perspective d’accompagnement au devenir « sujet de vie » et non dans une optique d’« objet de soins » (Malherbe, 2007).

Ce contenu a été mis à jour le 4 avril 2022 à 18 h 24 min.