La vie privée et l'«affaire» Mulroney
Le témoignage de l'ancien premier ministre du Canada, M. Brian Mulroney, devant le comté d'éthique du Parlement canadien était une première. On oublie parfois que le parlement est à l'origine une cour («a court» en anglais) et qu'il est tout à fait dans ses compétences que d'interroger des témoins. Cela dit, et sans entrer dans les détails de l'affaire Mulroney-Schreiber, on peut se demander, à la lumière du témoignage de M. Mulroney, si toute cette affaire ne relève pas de la vie privée de ce derneir. J'évoque bien entendu le versement de la somme de $300,000 (ou $225,000 selon M. Mulroney) et la relation d'affaires avec M. Screiber. En effet, les deux protagonistes semblent s'entendre pour dire que l'argent versé n'a rien eu à voir avec l'achat des Airbus. Cela pose la question sempiternelle du degré du droit à la vie privée des hommes politiques, même s'il faut reconnaître que M. Mulroney est à la retraite. Quoi qu'on en dise, en particulier les journalistes, les politiques ont un droit à la vie privée. Sans doute moins étendu que celui du citoyen ordinaire, mais aussi important. L'intérêt public ne devrait pas constituer un sésame automatique permettant d'attenter sans vergogne à la vie privée des politiques. L'intérêt public doit être soigneusement soupesé au regard du droit à la vie privée afin de déterminer si le sujet abordé relève véritablement du droit du public à connaître une information ou du désir du journal de vendre plus de copies! Avec le développement de l'infotainment et le phénomène des chroniqueurs, il n'y a plus beaucoup de place dans les médias québécois et canadiens pour un véritable journalisme d'enquête. Cela coûte évidemment très cher. Par conséquent, les médias sont plus facilement enclins à trouver d'intérêt public des nouvelles faciles à pécher. On reviendra sur cette question de la délicate équilibration du droit à la vie privée et de la liberté de presse.
Avant la comparution de M. Mulroney, il y avait des allégations plus ou moins sérieuses à l'effet que ce dernier aurait reçu de l'argent alors qu'il exercait une fonction publique.
Il me semble que cela suffit à faire sortir une pareille question de la vie privée de l'intéressé.
Accuser un dirigeant politique d'avoir reçu de l'argent dans des conditions qui laissent douter de la licéité du geste est une grave accusation. Il me semble que le droit de la diffamation est justement conçu pour prendre en charge ce genre de propos. Le droit à la vie privée ne me semble pas calibré pour encadrer ce genre de propos lorsqu'il vise un premier-ministre.
Si l'allégation est fausse et qu'il n'y a rien d'illégal à recevoir une telle somme, que celui qui l'a lancée en paie le prix. Mais si elle est vraie, je me demande en quoi celle-ci pourrait relever uniquement du champ de la vie privée.
Il est difficile d'invoquer le droit à la vie privée pour une telle question sans étendre induement ce droit car une somme d'argent reçue par une personne en exercice de fonctions comme celles que M.Mulroney a occupées, cela concerne forcément l'intérêt public et ce même si en soi la somme n'a pas été versée dans des conditions illicites.
Pierre Trudel







Avant la comparution de M. Mulroney, il y avait des allégations plus ou moins sérieuses à l'effet que ce dernier aurait reçu de l'argent alors qu'il exercait une fonction publique.
Il me semble que cela sufit à faire sortir une pareille question de la vie privée de l'intéressé.
Accuser un dirigeant politique d'avoir reçu de l'argent dans des conditions qui laissent douter de la licéité du geste est une grave accusation. Il me semble que le droit de la diffamation est justement conçu pour prendre en charge ce genre de propos. Le droit à la vie privée ne me semble pas calibré pour encadrer ce genre de propos lorsqu'il vise un premier-ministre.
Si l'allégation est fausse et qu'il n'y a rien d'illégal à recevoir une telle somme, que celui qui l'a lancée en paie le prix. Mais si elle est vraie, je me demande en quoi celle-ci pourrait relever uniquement du champ de la vie privée.
Il est difficile d'invoquer le droit à la vie privée pour une telle question sans étendre induement ce droit car une somme d'argent reçue par une personne en exercice de fonctions comme celles que M.Mulroney a occupées, cela concerne forcément l'intérêt public etb ce même si en soi la somme n'a pas été versée dans des conditions illicites.
Pierre Trudel