Des évidences au sujet de la recherche que certains devraient lire!
Dans son édition datée du jeudi 25 octobre, le Monde publie un interview avec Albert Fert, prix Nobel de physique 2007. On peut y lire notamment:
Auriez-vous décroché le Nobel avec le financement de la recherche sur projet que met en place le gouvernement ?
Non, s'il n'y avait eu qu'un financement sur projet. Quand j'ai commencé mon travail, une étape importante a été - après avoir établi un certain nombre de bases théoriques - de me lancer, avec un collègue de Thomson-CSF, dans un projet un peu aventureux : essayer de fabriquer des multicouches magnétiques. Ce travail a débouché sur la découverte de la magnétorésistance géante, mais, au départ, c'était un projet à risque dont personne ne pouvait savoir s'il allait aboutir. Le CNRS l'a financé, parce que cet organisme est capable de discuter avec les chercheurs et de les accompagner. Une agence de financement sur projet, elle, ne l'aurait jamais retenu: c'était à l'époque un sujet trop marginal et loin des thèmes à la mode. Voir la suite à <http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-970565,0.html>.
Il est réconfortant de lire ce genre de propos de la part de chercheurs confirmés. Malheureusement, peu d’indices laissent penser que les décideurs gouvernementaux auront l’humilité et la sagesse d’écouter ce chercheur.
Dans tous les pays on supprime le financement de la recherche libre pour financer la mise en place de programmes supposés répondre aux « besoins de la société » tels que définis par des fonctionnaires ou des politiciens. Avec ce genre de politiques, on assèche le dynamisme de la recherche, on paralyse les démarches capables de produire des idées nouvelles.
Or, si en France on commence à s’inquiéter des dérives des politiques de la recherche cette dérive est déjà fortement implantée au Canada où les organismes subventionnaires ne financent en pratique que les projets se rattachant à des thématiques à la mode et supposées répondre aux besoins prioritaires de la société. Hélas, nous n’avons pas de prix Nobel pour protester contre ces politiques irresponsables ! Et avec le genre de politiques de recherche qui prévaut au Canada, ce n’est pas demain que nous en aurons !







Je ne peux qu'être d'accord avec les propos de Pierre Trudel. L'exemple du prix Nobel Albert Fert est tellement éloquent. Plus près de chez nous, nous avons tous des exemples de recherches menées il y a plusieurs années et qui ont débouché sur des avancées significatives au plan juridique ou social. Pourtant, on persiste à vouloir arrirmer la recherche aux besoins immédiats et à courte vue des industries. Ce qui est leur rendre un très mauvais service. Sans Fert, pas de iPod, pas de cellulaire, pas d'ordinateur portable. Fert aurait-il obtenu une subvention de recherche de Bell, Ericsson, Motorola et autres télécommunicateurs ou équipementiers s'il leur avait proposé ces recherches? On peut en douter. Quant aux femmes et hommes politiques, il est malheureux de voir qu'ils s'alignent sur les souhaits immédiats du marché, perdant de ce coup ce qui fait l'essence de leur mission: l'intérêt collectif et la vision. Merci au comité Nobel.